« J’ai besoin d’une aide technologique. » Ah oui vraiment?

« J’ai besoin du logiciel Antidote »; « mon élève a besoin d’une aide technologique »; « mon fils a besoin d’un logiciel de correction. »  Toutes ces belles phrases, je les ai entendues des centaines de fois. Est-ce la technologie le véritable besoin ? Eh ben non !! C’est un glissement important dans notre langage : avoir besoin d’une aide technologique. Malheureusement, nous l’entendons encore trop souvent. Dire cela fixe notre attention directement sur la technologie à utiliser. Nous fermons alors la discussion. « J’ai besoin de ce logiciel pour m’aider à écrire », alors je vais l’acheter. Vous allez me dire : là, tu exagères. C’est injuste parce qu’il a vraiment besoin de ce logiciel. Vous voulez vraiment savoir ce qui est injuste. C’est que peut-être qu’il y a une meilleure fonction d’aide technologique qui pourrait mieux répondre à son besoin.

 

Reprenons depuis le début. Dans toute cette confusion de langage, « J’ai besoin d’une aide technologique » inclut plusieurs dimensions : les besoins, les aspirations de la personne, les moyens utilisés et l’environnement dans lequel il évolue. C’est ce que cache cette simple phrase. Prenons le temps de démêler tout ça.

« J’ai besoin de… » de quoi?

De quoi avons-nous besoin alors ? Dans le dictionnaire du logiciel Antidote, les besoins est défini comme suit : « choses considérées comme étant nécessaires à l’existence, la vie quotidienne. » Ainsi, la réalisation de tâches quotidiennes, scolaires ou de travail est essentielle à l’existence. Par le fait même, l’acquisition de compétences scolaire et professionnelle fait partie de ce que nous appelons les besoins. J’ai donc besoin de réaliser une tâche, d’acquérir une compétence ou d’atteindre un état physique et psychologique permettant justement la réalisation de celles-ci.

 

Le véritable besoin apparaît surtout lorsque nous ne pouvons atteindre le seuil minimal qui est exigé pour atteindre le niveau de compétence nécessaire. Ce seuil est déterminé généralement par l’environnement. C’est ce que nous appelons une norme sociale. Selon l’environnement dans lequel nous réalisons les tâches, cela modifiera le seuil minimal que nous devons accomplir. À l’école, c’est le fameux 60 % qui est le seuil minimal. L’important n’est pas la note moyenne, mais chacun des résultats pour une tâche précise. Par exemple, je pourrais avoir un 60 % en lecture, j’atteins donc le seuil minimal. Mon besoin est donc comblé. Est-ce que je veux me contenter de seulement 60 % ? Bien sûr que non. Effectivement, mes acquis sont encore fragiles à ce stade. Je suis à risque d’échouer, mais mon besoin est comblé.

« J’aspire à… » à Quoi ?

Une fois que le besoin est comblé, nous pouvons aller plus loin. Nous pouvons espérer plus. Nous nous dirigeons peu à peu vers la zone des aspirations : « J’aspire à… ». À quoi pouvez-vous aspirer ? Le dictionnaire d’Antidote défini « aspiration » ainsi : « Désir, élan qui mène vers un idéal, vers un but ultime. Aspiration au bonheur, à la gloire. » Quand je réussis les tâches nécessaires au quotidien, à la réussite de mes études, à la réussite dans mon travail : j’aspire à une grande carrière, j’aspire à être heureux. Je n’aspire donc pas nécessairement à utiliser mes aides technologiques toute ma vie. Je rêve à mon idéal. Comprenez-moi bien. Même si quelqu’un est dans cette zone, cela ne signifie pas qu’il n’a plus besoin de support, de soutien pour atteindre ses aspirations. Ceux-ci seront seulement différents.

« J’utilise… » Quoi ?

Vous comprenez ma logique maintenant. Les aides technologiques ne sont que des moyens pour combler un besoin ou atteindre une aspiration. Enfin, nous pouvons vraiment parler des aides technologiques. À partir du moment que nous pouvons le situer dans la bonne zone, nous pouvons avoir une réelle analyse des besoins/aspirations. Nous pouvons mieux situer le contexte d’utilisation de ces aides technologiques. Dans le processus d’attribution d’une aide technologique que ce soit au primaire, au secondaire, au collégial, à l’université ou à l’emploi, il est essentiel de faire la distinction entre un besoin et une aspiration.   Nous devons donc faire une analyse de la situation prenant en compte la personne et son environnement. Le résultat de cette interaction nous permet de situer dans quelle zone l’individu se retrouve.

Le souci pour un enseignant, pour un parent, pour un gestionnaire (une personne d’autorité) est l’équité entre ses élèves, ses enfants, ses employés. On part du fait que ces personnes ne veulent pas favoriser l’un plus que l’autre. Je pars bien sûr de l’idée que tous ont de bonnes intentions à la base. La solution qui est plus simple est de viser l’égalité : tout le monde est traité de la même manière. Le problème avec cette solution est que personne n’a le même niveau de compétences, de capacité à la base. L’injustice est vécue dès le départ. Si on place tout le monde égal, on recrée infiniment ce système d’injustice. Parlons donc d’équité. Nous devons donc tenir compte des particularités de chacun, mais aussi des normes sociales qui nous permet d’avoir un vivre ensemble ou tous pourrait atteindre leurs aspirations.  

 

Dans mon article de blogue « AIDE TECHNOLOGIQUE : ENVIRONNEMENT ADAPTÉ OU ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE ACCESSIBLE », je distinguais l’environnement adapté et l’environnement numérique accessible. Cette notion est importante dans le cas d’utilisation d’une aide technologique. Si dans un environnement adapté, l’utilisation d’une aide technologique est dans un but de combler une situation de besoin pour la personne vivant une situation de handicap, dans un environnement numérique accessible, l’utilisation d’une aide technologique vise plutôt à bien sûr combler la situation de besoins et aussi la situation d’aspiration. On doit donc dans cette perspective offrir les aides technologiques à tout le monde. Par exemple, à l’école, par souci d’équité, si l’on souhaite amener tous les élèves vers leurs aspirations, il serait donc logique d’offrir les aides technologiques dans un contexte d’environnement numérique accessible. La réalité actuelle se situe entre les deux : poursuivre l’attribution des aides technologiques pour les personnes vivant une situation de besoin tout en mettant en place un environnement numérique accessible pour tous.

Donc, « Je vis une situation de besoin en lecture pour lequel je vais utiliser une aide technologique et j’aspire à une carrière en soins infirmiers. »

Voici un exemple de phrase que j’aimerais entendre le plus souvent. Une phrase qui met à la bonne place le besoin, le moyen, l’idéal et l’environnement. Quand les mots sont à leur place, l’action peut s’en appuyer. Nous pouvons mieux agir si nous précisons nos pensées par la parole ou par l’écrit. La prochaine fois que vous voulez utiliser une aide technologique pour réaliser une tâche, ne dites surtout pas : « j’ai besoin d’une aide technologique. »

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Sources :

Chouinard, Jean (2016),  Comment déterminer les besoins de l’élève ?

 

Fougeyrollas, Patrick (2010) Modèle PPH-MDH dans «La funambule, le fil et la toile : Transformations réciproques dans le champ du handicap»

 

Tremblay, chouinard et coll. (2013) , Modèle des fonctions d’aide : un pont entre la théorie et la pratique

 

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